Rencontre avec Sandra Reinflet, qui animera un atelier « soft skills » à la conférence de l’IFACI 

04 Nov.
5 mn de lecture

Autrice, photographe et conférencière, Sandra Reinflet interviendra lors de la conférence de l’IFACI sur la thématique « Soft skills, Choisir le mot juste pour formuler clairement ». Un atelier qui proposera des réflexions et des outils pour déconditionner nos écritures, souvent trop formatées par nos univers professionnels, et les rendre plus percutantes.

 

Photographe, écrivaine, musicienne, conférencière…Sandra Reinflet a pris pour habitude de définir son métier aux multiples facettes par la formule « inventeuse d’histoires vraies ».  « Je travaille toujours à partir de matière réelle, » explique-t-elle, « ce qui m’intéresse, c’est ce qu’est la société aujourd’hui. Je la mets en scène soit avec l’image, soit avec le texte, la musique, la vidéo… Différents supports selon les projets. Ce qui compte pour moi, c’est de raconter une histoire, au départ vraie, en acceptant un degré d’interprétation et en jouant sur cette frontière fine entre la fiction et le réel. Parce que même lorsque l’on essaye d’être le proche possible de la réalité, il y a toujours une part de subjectivité ».

Confrontée longtemps à cette difficulté d’expliquer ce qu’elle faisait, « parce qu’on vit dans une société de spécialistes où il est encore difficile d’accepter l’interdisciplinarité », Sandra a toujours lutté contre l’idée que l’on devait obligatoirement choisir : « Personnellement, j’aime faire des choses différentes. Rater aussi de temps en temps, ce n’est pas très grave. L’avantage, c’est qu’avec les années, on est de plus en plus pris au sérieux ». Une démarche aujourd’hui un peu mieux acceptée, « car on sait qu’une carrière n’est pas forcément linéaire, que l’on peut être aujourd’hui obligé de se recycler, de se réinventer. Mais cela reste nouveau, dans une société où l’on a tout de même encore peur d’échouer ».

Tout a en fait débuté avec la passion de Sandra pour les voyages, l’aventure, la découverte de gens différents. Ce qui l’a par exemple conduit à réaliser un tour du monde à la rencontre de 81 femmes parvenant à réaliser leurs projets* malgré des conditions souvent très difficiles. Un goût pour « l’ailleurs » qui ne l’empêche pas aujourd’hui de mener des projets au long cours aussi en France, essentiellement photographiques, comme à la prison de Fleury-Mérogis où elle se rend actuellement tous les lundis, ou à la cité des Francs-Moisins à Saint-Denis où elle est même toute l’année en résidence.

Diplômée d’une école de commerce, Sandra intervient également depuis de nombreuses années en entreprise. « C’est passionnant d’évoluer dans tous ces mondes différents et de façon assez déconditionnée puisque je n’appartiens à aucun d’entre eux, » affirme-t-elle. « Il y a cette neutralité qui permet de déclencher la parole, de faire des projets collectifs ». Un point commun que l’on retrouve dans son travail au sein de ces deux univers ? La « contrainte ». « Je me sens aujourd’hui comme un transmetteur de la voix d‘autres gens, en allant travailler notamment dans des pays où la création est contrainte, où l’on n’a pas une totale liberté d’expression. Une contrainte qui rejoint finalement beaucoup les préoccupations d’entreprise au fond, puisque l’idée est d’expliquer comment les obstacles peuvent aussi être une source d’inspiration, une force, quelque chose qui va nous pousser vers une déviation souvent enrichissante ».

Dans l’entreprise comme ailleurs, l’écrit est l’un des principaux moyens d’expression. Or, justement, nous sommes conditionnés dans notre façon d’écrire, en utilisant par exemple uniquement un vocabulaire commun à notre secteur d’activité, à notre métier… « Il y a quelque chose qui me choque parfois et qui ne choque plus les gens qui vivent en permanence dans leur univers professionnel, c’est que l’on développe une forme d’écriture automatique avec un jargon incompréhensible pour les personnes qui sont en dehors », explique encore Sandra, qui l’a expérimenté directement lors d’un travail réalisé il y a quelques années pour une agence de com : « lors des réunions préparatoires, chacun était devant son écran de portable et je ne comprenais rien. Chaque mot était issu d’une espèce de jargon automatique – « disruptif » revenait tout le temps et ça ne semblait avoir aucun sens en l’occurrence. Je me suis dit que dans cet univers, on avait un problème de camouflage. Le monde de l'entreprise a développé petit à petit une forme de langue parallèle qui fonctionne dans l’entre-soi mais est souvent dénuée d'une d'implication personnelle ».

Pour Sandra, il est important d’être capable de changer ce mode de fonctionnement et de pouvoir modifier sa façon de s’exprimer, notamment par écrit, pour « parler non seulement à ses clients mais aussi à ses collègues, en fait à tout le monde, de façon singulière, différente et différenciée. Écrire de façon très « corporate » est un refuge, une façon de ne jamais être pris en défaut.

Une façon ludique de réfléchir à la façon pour chacun d’aborder l’écrit

On a du mal à imaginer terminer autrement ses mails que par « Cordialement » ou à sortir des anglicismes du jargon. C’est pourtant tout l’enjeu de cet atelier proposé par Sandra lors de la conférence de l’IFACI. « En 45 minutes, je n’ai pas l'ambition ni la prétention de penser que je vais changer la façon d'écrire des participants, » reconnaît-elle, « mais peut-être en tout cas faire en sorte que l’on y réfléchisse et que l’on se pose la question la prochaine fois :  est-ce que je peux le dire autrement ? Est-ce que je peux m'adresser à ce client comme si je m'adressais à un ami, sans employer des formules toutes faites ? Même si l’on n'a pas beaucoup temps, parce que bien sûr, nous sommes toujours dans une espèce d'urgence… ».

Après une première partie sous forme de témoignage, au cours de laquelle Sandra parle de son parcours, de son rapport à l’écriture et de son travail autour de la notion de contrainte, elle propose aux participants un jeu. Une façon ludique de réfléchir à la façon pour chacun d’aborder l’écrit. « Ce qui ne va pas toujours de soi dans le monde de l’entreprise où l’on distingue en général la performance et le plaisir », explique Sandra. « Le jeu est donc généralement exclu. Or, dans le jeu, il y a la notion de perdre, et dans le travail, on est censé ne pas perdre. On a pourtant besoin de lâcher prise et c’est ce que permet ce jeu : la recherche du plaisir avant celle de la performance, qui en découlera tout de même, mais de façon plus naturelle ». Les participants repartent avec une « boîte à outils », leur permettant de prolonger cette session et continuer à se poser les bonnes questions pour la rédaction de leurs futurs échanges, plus efficaces et plus marquants pour leurs interlocuteurs.

 

* Same same but different, éditions Michalon.

Ses autres livres :

Ne parle pas aux inconnus, roman, éditions JC Lattès.

Qui a tué Jacques Prévert ? Livre photos-textes, Éditions de la Martinière.

Je t’aime (Maintenant), éditions Michalon.

Son site internet : https://sandrareinflet.com/

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